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Violence scolaire



« Le Point » a réussi à obtenir les chiffres secrets de la violence de tous les collèges et lycées publics et publie la liste des établissements les plus dangereux. une enquête Exclusive.


Philippe Houdart, François Malye, Jérôme Vincent, avec Hervé Denyons, Christophe Labbé, Arnaud Morel, Olivia Recasens et Stéphane Siret

285« événements graves » survenus durant l'année scolaire 2005/2006. Huit par semaine... Le collège Condorcet à Nîmes est l'établissement qui a signalé le plus de faits dans la base de données Signa, système informatique de recueil des actes de violence mis en place par l'Education nationale depuis la rentrée 2001. L'ambiance de ce collège de 560 élèves situé dans le quartier sensible de Pissevin peut se résumer en quelques chiffres : dans l'année, on y a recensé 94 violences physiques sans armes, 37 jets de pierres ou autres projectiles, 8 violences à caractère sexuel, 66 insultes ou menaces graves, 22 dommages au matériel, aux véhicules et aux locaux, dont un incendie. Trois élèves ont été trouvés porteurs d'une arme ; enfin, 55 autres actes allant du tag au vol, en passant par la consommation de stupéfiants, ont été comptabilisés. « Nous remplissons scrupuleusement cette base », confirme calmement Didier Batlle, 56 ans, principal du collège, qui ne nie pas la violence de l'établissement qu'il dirige depuis 2005. « Nous faisons partie des cinq collèges de l'académie qui appartiennent au programme "Ambition réussite" et vont voir leurs équipes renforcées. J'attends sept professeurs de plus. » Cette année, douze conseils de discipline se sont réunis et dix élèves ont été renvoyés. « Des cas vraiment lourds. L'un avait déjà été exclu temporairement, il l'a été définitivement cette fois-ci pour s'être livré à des attouchements sexuels sur une de ses camarades de classe. Un autre venait d'un établissement spécialisé pour les adolescents qui ont des troubles psychologiques. Mais ils n'avaient plus de place. Alors, il est arrivé chez nous. On a dû l'exclure lui aussi : il représentait vraiment un danger pour la communauté. » Car, parfois, la situation peut tourner au drame, comme en 2004, quand un élève de 14 ans a poignardé l'un de ses camarades devant le collège. Heureusement, ses blessures n'étaient pas mortelles.

Ces chiffres, établissement par établissement, personne, au ministère de l'Education nationale, ne voulait les voir publiés. La première surprise de tous ceux qui ont été contactés dans le cadre de cette enquête est que la base de données Signa ait pu être diffusée, tant les informations qu'elle recèle sont explosives. Aujourd'hui, après dix-huit mois de bataille juridique avec le ministère (voir encadré), Le Point est en effet en mesure de dresser la liste des 450 établissements du second degré public les plus violents de France. Et, d'ici une semaine, les chiffres de tous les collèges, lycées et lycées professionnels publics (hors Tom) seront mis en ligne sur notre site Internet (www.lepoint.fr). « Cela fait longtemps qu'on demande au ministère quels sont les 10 % d'établissements qui totalisent à eux seuls la moitié des événements graves, explique Farid Hamana, président de la FCPE, l'une des deux principales associations de parents d'élèves. Cela nous a toujours été refusé sous prétexte qu'il ne faut pas les stigmatiser. » « Il n'y a pas d'omerta, répond Jean-Claude Emin, de la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance au ministère de l'Education nationale (DEPP), qui centralise la base. Signa est un bon thermomètre. Nous sommes d'ailleurs l'un des rares pays à posséder un tel outil. Mais nous sommes réservés lorsqu'il s'agit de l'utiliser pour comparer les établissements. » Bel euphémisme, car Eric Debarbieux, directeur de l'Observatoire international de la violence à l'école, est, lui, stupéfait. « Je n'en reviens pas que vous ayez obtenu Signa, dit-il. Je l'ai demandé, en tant que chercheur, quand je faisais partie du Comité national de lutte contre la violence à l'école mis en place par Jack Lang. Le ministre a donné des instructions pour que l'on me la communique. J'attends toujours. » La publication de ces chiffres, Eric Debarbieux la trouve « salutaire ». « Il est normal qu'ils soient portés à la connaissance du public, et notamment des parents d'élèves, même si Signa ne dit pas tout. Je pense qu'il faut améliorer la connaissance à partir d'enquêtes de terrain. » (Voir interview page 55.)

Du bizutage aux violences avec armes. Que contient Signa ? La base ne comptabilise que les faits les plus graves, afin d'éviter qu'on ne confonde le chahut d'une classe et les actes les plus violents. Il s'agit donc des événements dont « la qualification pénale est évidente », ceux qui ont fait « l'objet d'un signalement à la police, à la justice ou aux services sociaux » ou qui ont eu « un retentissement important dans la communauté éducative ». Les incivilités sont donc exclues du champ de cette enquête, qui couvre l'ensemble des collèges et lycées publics, ainsi que les écoles du premier degré. Celles-ci n'ont pas été retenues dans le cadre de cette publication, car à 95 % les violences scolaires recensées dans Signa le sont dans le second degré. Pour le ministère de l'Education nationale, Signa est un baromètre de la violence qui a pour objectif de comptabiliser de manière exhaustive et déclarative le nombre d'actes graves survenus dans un établissement et ses abords et de mesurer leur évolution au fil du temps. Après cinq années d'exploitation, le système fonctionne globalement de manière très sérieuse et renvoie des données fiables. La saisie, qui se fait incident par incident, est de la responsabilité, dans le second degré, des chefs d'établissement ou des conseillers d'éducation, qui reçoivent les plaintes des professeurs, des autres personnels de l'établissement, des élèves, voire des parents d'élèves. Chaque incident est décrit de manière très codifiée et entre dans l'une des 26 catégories d'événements graves, allant du bizutage aux actes les plus violents. Toujours à l'aide de codes, l'auteur est décrit anonymement (élève, famille d'élève, personne extérieure à l'école, enseignant...), son sexe, son âge sont déterminés, et il en va de même pour la victime. La base recense les signalements à diverses autorités, et si les événements survenus ont entraîné ou non un dépôt de plainte de l'institution, du personnel de l'Education nationale, ou encore de l'élève ou de sa famille, et si des suites internes (conseil de discipline, avertissement...) ont été prises ou non. Enfin, depuis janvier 2004, la motivation à caractère raciste ou antisémite d'un acte peut être renseignée.

Au total, selon Signa, 82 007 faits ont été recensés en 2005/2006 dans 7 924 établissements du second degré public (hors Tom). Ceux-ci enregistrent donc, à nouveau, une légère augmentation de la violence : + 1 % par rapport à l'année précédente. Rien à voir cependant avec le bond de 12 % de l'année 2003/2004. Ce sont les lycées professionnels, avec 15 faits en moyenne par an, qui sont les plus violents, suivis de près par les collèges (14,8) et les lycées (10). Les actes les plus fréquents sont les violences physiques sans arme (29,7 %), suivies des insultes et menaces graves (26 %). Le port d'arme et les violences sexuelles restent peu nombreux. Quant au port d'arme à feu, 35 ont été recensés. Enfin, 88 % de ces événements ont donné lieu à des suites internes contre leurs auteurs et 23 % à des plaintes.

Mais, pour les 450 établissements les plus violents, même les spécialistes de l'Education nationale semblent sans illusions. Dans sa note d'information 2004, Rodolphe Houllé, de la DEPP, estimait que « le grand nombre de signalements relatifs à des insultes ou à des violences physiques sans arme dans un certain nombre d'établissements laisse penser que ceux-ci vivent dans un "climat" scolaire de perpétuelle tension. [...] Les établissements qui signalent les actes les plus graves sont également en général fortement exposés à la violence d'une manière globale ». Il suffit de se reporter aux dépêches de l'Agence France Presse pour mieux saisir leur quotidien : au lycée professionnel Amyot-d'Inville de Senlis (63 incidents en 2005/2006), c'est le proviseur qui, en juin, est « caillassé » par des jeunes quand il passe en voiture. Une situation qui n'est pas nouvelle. En 2001, l'ensemble du personnel avait fait grève contre la violence à la suite d'agressions d'enseignants. Au lycée professionnel Lino-Ventura d'Ozoir-la-Ferrière (66 faits), les 80 professeurs ont exercé en mars 2006 leur droit de retrait : une de leurs collègues avait échappé de peu au jet d'un projectile métallique. Au lycée Paul-Valéry à Paris (43 incidents), c'est un élève mécontent d'une mauvaise note qui tente d'étrangler sa professeure avant d'être maîtrisé. Et bon nombre de ces établissements vivent dans ce climat depuis des années, parfois même des décennies. Le collège Albert-Camus de Clermont-Ferrand a recensé 123 actes en 2005/2006, mais en 1998 une dépêche signalait déjà un événement grave. A l'époque, un élève de 16 ans avait été écroué pour avoir roué de coups un enseignant qui avait juste sermonné sa petite soeur. Quant au lycée Les Fontenelles de Louviers (73 incidents cette année), certains de ses élèves ont été jugés pour avoir jeté du trichloréthylène sur un professeur. C'était il y a dix-huit ans, en 1988...

Si l'exploitation de Signa livre une photo exceptionnelle de la violence scolaire, c'est à deux réserves près. D'abord, le privé sous contrat ne sera intégré à la base qu'à partir de janvier 2007. Or, selon les chercheurs de l'Inserm qui ont mené des enquêtes sur la violence à l'école, les problèmes existent autant dans le privé que dans le public (voir encadré page 58). Autre faiblesse de la base Signa, 6 % des établissements publics (493 sur 7 924) ne la remplissent pas encore. Parmi ces non-répondants, on trouve quelques perles comme les prestigieux lycées Henri-IV, Lavoisier et Janson-de-Sailly à Paris, qui semblent au-dessus de ces problèmes. Plus ennuyeux, dans plusieurs départements (Alpes-Maritimes, Drôme, Var), seuls deux tiers des établissements ont rempli la base. En Ile-de-France, c'est la situation du département de la Seine-Saint-Denis, où près d'un quart des collèges et lycées n'ont pas répondu, qui a de quoi étonner. Leurs chiffres dissimuleraient-ils un secret de plus ? En réalité, l'académie de Créteil, depuis 1996, dispose d'un observatoire et de son propre recueil d'information. Celui-ci fait double emploi avec Signa et dissuade certains chefs d'établissement de la remplir. Mais ni Signa ni cet observatoire ne semblent refléter le vrai niveau de la violence dans les banlieues sensibles franciliennes. La police estime, elle, que les actes graves y sont en hausse constante (voir encadré page 55).

Quelles sont les causes de cette violence ? Pour Didier Batlle, le principal du collège Condorcet à Nîmes, la ghettoïsation vient en tête des multiples facteurs qui peuvent l'expliquer. « Bon nombre de parents d'élèves qui devraient venir ici en sixième contournent la carte scolaire en raison de la mauvaise réputation du collège. Ceux qui restent appartiennent à des familles monoparentales ou éclatées et vivent dans des quartiers où le chômage sévit à plus de 50 %. Du coup, ici, les enfants partent au quart de tour. Mais ils sont très attachants. La majorité des élèves exclus cette année venaient d'ailleurs d'autres établissements, parfois en cours d'année. Ce sont des cas difficiles qui passent d'un collège à l'autre. Le métier devient compliqué aussi parce que beaucoup de parents ont démissionné et que les autres soutiennent leurs enfants contre vents et marées. » Marylène Cahouet, professeure de français au lycée La Martinière Duchère à Lyon, ancien membre du Comité national de lutte contre la violence à l'école, avance plusieurs raisons pour expliquer l'attitude de ces élèves. « Il y a des causes individuelles comme le pic de l'adolescence. Ensuite, les causes sociales, comme la difficulté de vivre. Enfin, tout ce qui est lié à l'école elle-même : l'orientation par contrainte de ceux qui vont en lycée professionnel, l'échec scolaire, qui rend agressif, fait perdre confiance à l'élève et lui donne de lui-même une image dévalorisée. A cela il faut ajouter qu'il y a de moins en moins d'adultes dans les établissements pour surveiller et encadrer les jeunes. »

Un système criminogène. Mais il y a d'autres raisons, propres à l'organisation de l'Education nationale. Pour Eric Debarbieux, seules des équipes éducatives soudées peuvent faire face à ces phénomènes. Or, dans certains établissements, 80 % des enseignants changent à chaque rentrée scolaire. « Je n'hésite pas à dire que le système de nomination des professeurs du second degré est profondément criminogène. » La révélation de ces chiffres incitera peut-être l'Education nationale à se réformer si elle veut freiner la progression de la violence scolaire. C'est peut-être aussi pour cela qu'elle a opposé une telle résistance à leur divulgation




Une longue bataille juridique


C'était l'un des secrets les mieux gardés de l'Education nationale. Pour publier cette enquête exclusive, il aura fallu obtenir du ministère la base de données Signa, qui recense les chiffres de la violence dans les établissements scolaires publics. Devant son refus de la communiquer, « Le Point » a saisi la Cada (Commission d'accès aux documents administratifs) à deux reprises et déposé un recours devant le tribunal administratif. La Cada a mis un terme à cette bataille juridique, commencée en janvier 2005, en estimant dans son avis du 29 juin 2006 que la base de données Signa est bien un document public dont tout citoyen peut demander la communication. Cinq semaines plus tard, l'Education nationale rendait les armes et les 2 millions de données informatiques de la base arrivaient au « Point » par mail






La poudrière Las Cazes à montpellier


Une enseignante en physique frappée par un élève de 14 ans en janvier, un surveillant tabassé par un élève de troisième en mai, un incendie volontaire dans les locaux le même mois : le collège Las Cazes de Montpellier (Hérault) n'en finit pas de figurer à la rubrique des faits divers. Les personnels ont par deux fois usé de leur droit de retrait depuis le début de l'année pour dénoncer la violence qui règne dans l'établissement.

Avec 253 faits graves signalés en 2005/2006, ce collège arrive au deuxième rang national du palmarès de la violence. Ce triste record englobe 68 cas de violences physiques sans armes, autant d'insultes ou de menaces graves, 36 actes de dégradations des locaux et, plus inquiétant, une agression à caractère sexuel et une autre avec arme.

Ces statistiques n'étonnent guère certains élèves comme Jennifer, 16 ans, ou Leila, 14 ans, rencontrées au pied de leur immeuble, tout près de ce collège entièrement rénové et pourvu d'un bon terrain de sport. « Il y a des garçons qui viennent juste parce que les parents les obligent. Ce qu'ils veulent, ce n'est pas apprendre, mais faire les caïds. » Un sentiment partagé par Abdel, 19 ans, un ancien de l'établissement : « A Las Cazes, si tu veux t'en sortir, il faut être fort pour éviter les racailles. »

Côté enseignants, le constat est peu différent. « La grande majorité des élèves ont envie de travailler, mais nous subissons la présence d'une cinquantaine de gamins vraiment difficiles », explique un professeur de langue. Pour Sophie Bazin, enseignante en histoire-géographie depuis six ans dans l'établissement, « le collège a toujours été un peu dur, mais les choses empirent, sans doute en écho à la situation sociale du quartier ».

Car Las Cazes a tiré une bien mauvaise carte scolaire. Le collège doit intégrer à la fois les enfants des quartiers du Petit Bard et des Cévennes. Deux grands ensembles de HLM construits pour les rapatriés, dans les années 60, et dont les bâtiments délabrés abritent désormais une majorité de migrants, sûrs d'y trouver des loyers modestes.

Conséquence : Las Cazes compte plus de 50 % d'élèves d'origine étrangère, certains arrivant en France sans jamais avoir été scolarisés, dont 80 % issus de familles en difficulté. Quelques enseignants n'hési-tent pas à parler d'« établissement sacrifié, dans lequel l'académie aurait décidé de concentrer tous les problèmes ». Beaucoup demandent leur mutation, las d'attendre une modification de la carte scolaire. Un faux procès, selon Paul-Jacques Guiot, inspecteur d'académie en charge des collèges de l'Hérault : « La carte a déjà été rajustée et Las Cazes n'est pas pire que les autres établissements en zone d'éducation prioritaire. Les signalements ont doublé en un an et il peut s'agir d'un simple effet de conjoncture ou de plus de rigueur de l'équipe de direction. » L'inspecteur assure que pour la rentrée l'encadrement sera renforcé et les effectifs diminués de deux élèves par classe. Mais, si on lui demande s'il y inscrirait un de ses enfants, un long silence embarrassé précède un « oui, sans doute » bien timide.

Mohamed, un « grand frère » du quartier du Petit Bard, est plus catégorique : « Si tu veux un avenir pour ton gosse, mets-le ailleurs ! » Un constat cru que partagent les familles, qui multiplient les dérogations pour inscrire leurs enfants dans d'autres établissements






Ile-de-France : 22 collèges dangereux


«Dans les années 80, cela énervait les proviseurs de voir un véhicule de police tourner autour de leur établissement. Aujourd'hui, c'est l'inverse. On nous demande presque de régler les problèmes de discipline dans les classes. » En trente ans de boutique dans le « 9-3 », le commandant Patrick Trotignon, conseiller technique au syndicat Synergie Officiers, a vu exploser les violences dans les collèges et lycées. En juillet dernier, une note de la direction centrale des Renseignements généraux sur les violences scolaires en Ile-de-France classait la Seine-Saint-Denis en tête avec deux fois plus d'incidents, suivie par la Seine-et-Marne et les Hauts-de-Seine. Les RG, qui travaillent à la fois avec la base Signa de l'Education nationale, les chiffres de la sécurité publique et les informations qu'ils collectent eux-mêmes sur les quartiers sensibles, évoquent une hausse des incidents en milieu scolaire, avec des comportements individuels de plus en plus violents.

La police en compte plus. Ce qui est sûr, c'est que la police ramène dans ses filets plus d'agressions ou de vols entre élèves que l'Education nationale. Et c'est particulièrement vrai en Ile-de-France. Certes, 22 collèges franciliens figurent parmi les plus violents de l'Hexagone dans la base Signa, mais avec des chiffres étonnamment peu élevés. On compte ainsi en Seine-Saint-Denis, département qui aligne les collèges et lycées les plus difficiles, 1 149 incidents pour la dernière année scolaire, soit une moyenne de 6,3 par établissement. La Seine-et-Marne affiche de son côté 7,3 incidents par établissement, contre 5,1 pour le Val-de-Marne et 4,6 dans les Yvelines. Tout ça alors qu'à Paris intra-muros, où les collèges et les lycées sont pourtant plus calmes, la moyenne s'élève à 9,4. L'Education nationale a bien une explication : « Lorsque la délinquance est élevée dehors, elle a tendance à être plus faible à l'intérieur des établissements. » La réalité, c'est qu'un départ de feu dans une poubelle sera passé sous silence dans un collège de banlieue sensible parce que cela fait presque partie du quotidien, alors que le même fait sera jugé intolérable dans un établissement parisien réputé. « Dans les collèges difficiles, l'équipe pédagogique s'accommode d'un certain niveau de violences scolaires et a tendance à relativiser », souligne Patrick Trotignon.

On s'arrange avec les statistiques. En Seine-Saint-Denis, comme a pu le vérifier Le Point, 23 % des établissements scolaires ne remplissent pas Signa, contre 6 % au niveau national. Un manque de zèle que l'académie de Créteil justifie par le fait qu'il existe depuis dix ans dans ce département un observatoire de la violence où les chefs d'établissement envoient directement leurs données, ce qui les dissuaderait de remplir la base de l'Education nationale. Interrogé, ledit observatoire ne recense pourtant que 350 faits de plus que Signa. « On se rend compte que certains chefs d'établissement s'arrangent avec les statistiques afin de ne pas aggraver la mauvaise réputation de leur collège ou de leur lycée, précise Jean-Claude Delage, le patron d'Alliance, syndicat majoritaire chez les gardiens de la paix. Quand un élève est victime d'un vol à l'arraché à 50 ou 100 mètres de son lycée, le proviseur ne va pas forcément comptabiliser l'incident. Cela n'apparaîtra pas dans Signa, mais on en trouvera la trace dans les statistiques de la police lorsque les parents viendront porter plainte. » A La Courneuve, les violences scolaires recensées par l'Education nationale sont en moyenne 6 à 11 fois plus faibles que celles enregistrées par la police. Reste que, même avec des chiffres minorés, Signa permet de repérer les établissements les plus violents. Ainsi, à La Courneuve, les deux collèges qui donnent le plus de fil à retordre à la police sont aussi ceux qui, dans Signa, alignent les plus mauvais scores de la commune






A partir du 7 septembre


Le Point mettra en ligne gratuitement sur son site www.lepoint.fr tous les résultats de l'enquête Signa, menée par le ministère de l'Education nationale, sur la violence à l'école. Etablissement par établissement seront répertoriés le nombre total de faits graves recensés dans chacun des 7 924 collèges, lycées et lycées professionnels publics de France, y compris ceux des départements d'outre-mer, classés en 26 rubriques codifiées allant des insultes ou menaces graves au trafic de produits stupéfiants, en passant par les dommages aux locaux






« Il y a une spirale infernale de la violence »


Le Point : La violence scolaire est-elle en augmentation ?

Eric Debarbieux : La violence en milieu scolaire est devenue une préoccupation au niveau mondial, mais chaque pays a ses particularités. Dans l'ensemble, elle reste assez stable en France, par endroits elle peut même diminuer. En revanche, dans les zones difficiles, certains établissements continuent à s'enfoncer dans une spirale infernale. Surtout, nous assistons depuis une dizaine d'années à un durcissement de cette violence. Les auteurs agissent maintenant en groupe contre leur victime, élève ou professeur, violemment agressée. Nous sommes face à une délinquance identificatrice, territoriale selon l'origine, le quartier, très anti-institutionnelle et antiscolaire. On s'attaque aux locaux, aux enseignants, mais aussi aux pompiers, aux médecins, aux transports publics...

Quelles sont les causes majeures de cette violence ?

Il existe une multitude de facteurs familiaux, personnels, sans oublier les traits de caractère individuels. Le poids des conditions socio-économiques, avec son cortège de précarité familiale, est incontestable. Tous ces facteurs de risques se combinent dans les zones où l'exclusion est la plus forte. Mais il existe aussi des causes internes aux établissements scolaires et à l'Education nationale. Les criminologues savent bien qu'une agression est rarement un acte courageux et que les victimes sont généralement laissées à elles-mêmes. Pour les élèves, la cible idéale, c'est l'individu isolé, seul représentant d'une certaine origine dans la classe. Parmi les professeurs seront visés les stagiaires ou bien les enseignants en fin de carrière. En début d'année, il est assez facile de discerner dans la salle des professeurs ceux qui auront des problèmes. Ces derniers seront d'autant plus fragilisés qu'il n'y a pas de vie d'équipe parmi le corps enseignant ni d'entraide dans l'établissement.

Que faire alors ?

Nous le répétons depuis des années, la stabilité des équipes éducatives et le travail en équipe sont les meilleures protections contre la violence scolaire. Pourtant, dans les collèges et les lycées, l'affectation des enseignants est toujours organisée au niveau national. Nommés loin de chez eux, ils n'ont qu'une idée en tête : se rapprocher de leur région d'origine. Dans certains établissements, 80 % des enseignants changent à chaque rentrée scolaire. Ceux qui restent sont des héros ou bien se sont constitué une niche confortable. Ce fameux mouvement national de nomination défendu bec et ongles par les syndicats se révèle catastrophique. La manière de nommer les enseignants du second degré est profondément criminogène.

La violence est-elle un critère déterminant dans le choix d'un établissement par les parents ?

Les études ont montré que la discipline et la violence sont deux facteurs clés dans le choix des parents. Quel que soit le mythe du collège unique, il existe maintenant des établissements spécialisés pour certaines populations et d'autres qui se sont fermés à ces mêmes populations. Nous sommes dans une école dualisée. La fuite de certains collèges ou lycées n'est plus seulement le fait de milieux favorisés. Dans les quartiers populaires, les parents font tout pour éviter certains établissements. Et le recours au privé devient plus fréquent dans les milieux modestes.

Pourquoi les enseignants déposent-ils si peu plainte quand ils sont agressés ?

C'est le phénomène bien connu de la honte, surtout lorsque la victime est un adulte enseignant agressé par un élève. Malgré les discours officiels, les professeurs ne sont pas franchement encouragés à porter plainte. On reste sur un vieux schéma difficile à modifier : le professeur agressé est un mauvais enseignant. L'administration manque parfois d'humanité et d'écoute ; pourtant, une victime doit toujours être prise au sérieux.

Les élèves ne sont-ils pas les premières victimes de cette violence ?

Ils sont les principaux auteurs mais aussi les premières victimes. D'autant plus qu'à côté des actes graves relevés peut s'installer une petite violence répétitive, sournoise, faite de dévalorisation, de moqueries répétées, de bousculades, à prendre extrêmement au sérieux. Un élève harcelé risque quatre fois plus que les autres de faire une tentative de suicide à l'adolescence, sans oublier l'échec scolaire, la dépression et la perte de confiance en soi.

Quelles solutions proposez-vous ?

C'est une illusion de croire pouvoir combattre la violence scolaire par des opérations médiatisées. Travail au quotidien, formation des enseignants à la gestion de la violence, travail avec les associations de quartier et les parents d'élèves. Les chefs d'établissement doivent être soutenus et aidés par des travailleurs sociaux mais aussi la police quand il s'agit de faits délictueux. Les études montrent que certains établissements difficiles échappent à la violence : celle-ci n'est pas inéluctable

© le point 31/08/06 - N°1772 - Page 46 - 2035 mots




Posté le 01/09/2006 par le réseau Jord


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