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L’hôpital en faillite

Sunday 28 October 2007 | Société | Email | Print
L’hôpital en faillite

urgent d’ouvrir les yeux sur l’état de l’hôpital public.

L’hôpital va mal, il traverse une crise grave et le pire est à venir, prédit Alain Deloche, chef du pôle cardio-vasculaire de l’hôpital Georges-Pompidou mais aussi cofondateur de Médecins du monde et de Médecins sans frontières. En trente ans la médecine a profondément évolué : plateaux techniques impressionnants, nécessitant la présence de quatre-vingts personnes, des médecins aux infirmières, en pas sant par les anesthésistes et autres spécialistes maîtrisant scanners et IRM, spécialités de plus en plus poin tues, opérations de plus en plus complexes…

« L’hôpital ? il ne s’est pas adapté à ces mutations qui ont marqué l’évolution de la médecine, constate Alain Deloche. À l’époque où j’étais interne, dans les années soixante, sécurité rimait encore avec proximité. En 2007, la sécurité ne peut être assurée que par la qualité des plateaux techniques et des nombreux spécialistes capables de prendre les malades en charge 24 heures sur 24. »

Comment imaginer que ces plateaux performants, évidemment très oné reux, peuvent équiper les quelques 997 hôpitaux français ? Irréaliste. Ce constat n’est pas nouveau. Le Conseil national de la chirurgie, en 2005, recommandait la suppression des blocs opératoires et des maternités des petits hôpitaux réalisant moins de 2 000 actes par an, dans un rapport remis à Xavier Bertrand, alors ministre de la Santé. Ce qui menaçait direc tement 113 services de chirurgie installés dans de petites villes. «?La France compte trop d’hôpitaux et parmi eux, trop de plateaux techniques insuffisamment équipés et trop peu utilisés, donc dangereux, écrit le journaliste Gérard Bardy dans le Livre noir de la santé, paru le mois dernier. Car non seulement les petits hôpitaux sont mal équipés mais ils ne réalisent pas assez d’opérations. Pour être compétent, un chirurgien doit répéter des gestes techniques complexes à in­tervalles réguliers.

Le constat que dresse Gérard Bardy sur l’hôpital, « ce grand bateau ivre », est édifiant. La densité très élevée des hôpitaux français « correspond à une moyenne de dix établissements par département, avec des missions mal définies, des moyens disparates, des effectifs sou vent sans rapport avec les tâches »… Depuis des an nées, tous les experts dressent le même constat et proposent la même solution : regrouper les instal lations au sein d’hôpitaux plus grands, mieux équipés de matériels plus modernes, avec des services chirur gicaux de pointe, qui atti reront nécessairement les bons spécialistes. Le rapport du Conseil national de la chirurgie révèle que « le taux de mortalité à la suite de certaines opérations – par exemple l’ablation de la prostate ou du côlon sur des patients cancéreux – était bien supérieur dans ces petits hôpitaux de proximité à celui enregistré dans les établissements où ces interventions sont nombreuses et répétitives. L’on accepte que ces hôpitaux maintiennent une activité chirurgicale à risque, alors que l’on refuserait à un aéroport, un grand magasin ou une entreprise d’être ouvert dans de telles conditions d’insécurité ».


« Il existe des statistiques, non publiques, que détient le ministère de la Santé, qui indiquent que le taux de mortalité des patients hospitalisés varie de un à dix selon les établissements, nous a confié Gérard Bardy. Aucune liste n’a évidement jamais été rendue publique. »

Mais quand l’hypothèse de fermer de petits établissements est émise, les élus locaux, maires en tête, hurlent au scandale, au nom du service public de proximité. En fait, parce que l’hôpital est le premier employeur de leur commune. Au nom de cet argument économique, on laisse fonctionner des structures hospitalières sous-équipées et dangereuses. « La vérité, dénonce un chirurgien, c’est que les maires savent bien que le jour où ils acceptent la fermeture de leur hôpital, ils seront immanquablement battus aux prochaines élections. »

Le problème ne se limite pas aux petites structures. Chaque année, 145 milliards d’euros sont alloués aux dépenses de santé, dont 52 milliards pour les hôpitaux publics. « Gérés comme des administrations, les hôpitaux publics s’enfoncent année après année dans un marasme financier préoccupant. En s’abritant derrière la notion de “mission de service public”, les personnels, soignants ou non, appuyés par des syndicats puissants, refusent d’entrer dans la moindre logique économique, jugeant que l’hôpital public est un sanctuaire où il est inconvenant – et même grossier – de parler d’argent, de contrôle de gestion, d’économies ou de rationalisation de moyens » constate Gérard Bardy. Les trois quarts des hôpitaux français sont lourdement déficitaires. Le déficit cumulé des hôpitaux publics s’est élevé à 1,2 milliard d’euros en 2006. « Un rapport de l’Igas [Inspection générale des affaires sociales] révèle que 2 à 3 % des salariés des hôpitaux publics, pour l’essentiel des emplois administratifs, ne font rien, ne sont d’aucune utilité », raconte Gérard Bardy. On ne peut les licencier, au nom de leur statut de fonctionnaire. Les 3 % des 880 000 personnes employées par les hôpitaux publics représentent 27 000 salariés, sachant que 23 000 emplois coûtent un milliard ! Manque d’organisation, dérive des dépenses, le fonctionnement d’un l’hôpital public est beaucoup plus coûteux que celui d’une clinique. « Sur les 80 % de leur activité comparable à celle des cliniques privées, les hôpitaux ont des coûts supérieurs d’au moins 30 % », précise Gérard Bardy.

Comme le reconnaît le professeur Deloche, rien n’a vraiment changé dans le secteur public depuis trente ans. Les tentatives de réformes, comme la mise en place des nouveaux schémas régionaux d’organisation de l’hospitalisation, destinés à coordonner intelligemment l’offre de soins sur le territoire, les plans de rénovation des vieux hôpitaux, l’évaluation des pratiques professionnelles sont systématiquement sujets à contestation et se heurtent à des blocages. Dans le même temps, les cliniques privées ont fait leur révolution. « Plus de 500 opérations de regroupement de plateaux techniques ont eu lieu pour rationaliser les coûts et acquérir des matériels très sophistiqués, selon une logique d’entreprise qui n’a en rien altéré la qualité des soins et des prestations », indique Gérard Bardy.

Le secteur public, mis à part les très grands hôpitaux, a perdu la confiance du public. Actuellement, six opérations chirurgicales sur dix sont effectuées dans des cliniques privées.

En 2006, la Cour des comptes a épinglé la gestion des hôpitaux publics dans un rapport qui fait état d’une gestion opaque des personnels, qui relèvent de soixante-dix corps différents, avec douze statuts pour les emplois médicaux, vingt-quatre pour les agents ! Sans compter les rémunérations… Régimes spéciaux par dizaines, indemnités for faitaires étonnantes (prime de risque, de chaussures, pour travaux insalu bres !) accordées parfois sans aucune base légale. « C’est la jungle », avait alors résumé Philippe Séguin, président de la Cour. « Il est vrai que les auditeurs avaient découvert quelques perles rares, parmi lesquelles cette histoire édi fiante d’un logement de 151 mètres carrés, en plein cœur de Paris, dans lequel continuait à loger gratuitement un directeur d’hôpital suspendu de ses fonctions depuis sept ans pour corruption et condamné au pénal pour ces faits, raconte Gérard Bardy. Pendant toutes ces années, l’État lui avait non seulement maintenu son appartement de fonction, mais aussi son salaire ! »

Parallèlement, les personnels soi gnants se détournent de l’hôpital public et les médecins sont de plus en plus difficiles à recruter. « Le nombre de praticiens âgés de plus de 50 ans est considérable, indique Éric Cheysson, chirurgien, chef de service au centre hospitalier de Pontoise. La pénurie se fait déjà sentir en pédiatrie, en gynécologie, en anesthésie, en chirurgie. Les infirmières de blocs opératoires sont devenues une denrée rare. C’est une bombe à retardement. Dans quelques années, on risque de voir des blocs opératoires qu’il faudra fermer de fait, faute de personnels soignants. » « En chirurgie, insiste Alain Deloche, la crise de recrutement à venir va être terrible. Seuls deux internes sur trois cents, cette année, ont choisi de se spécialiser en chirurgie. La perspective de gagner 4 000 euros, de travailler dans de mauvaises conditions, dans un climat où la judiciarisation devient systématique n’attire plus les étudiants. Sans compter les chirurgiens qui préfèrent partir à l’étranger. Cette année, dans le groupe hospitalier Georges-Pompidou, quatre chirurgiens sont ainsi partis à Londres, à New York et en Australie. Où ils sont en moyenne trois fois mieux rémunérés et travaillent dans de bien meilleures conditions. » En Île-de-France, « la pénurie de chirurgiens s’annonce catastrophique à partir de 2010, note Gérard Bardy. Selon les prévisions officielles, leur nombre va baisser de 34 % en dix ans. Des spécia lités comme la chirurgie cardiaque ou digestive sont littéralement sinistrées ».

Hôpitaux sous-équipés, mal gérés, désertés par les médecins… la liste des maladies de l’hôpital n’est pas encore close. Les maladies nosocomiales – infections contractées à l’hôpital – sont responsables chaque année de 4 200 à 5 000 morts. « L’hôpital tue autant que la route », déplore Gérard Bardy.?Environnement vétus te, non-respect des règles d’hygiène sont à l’origine de l’essentiel des maladies nosocomiales. « L’hygiène des mains est la principale mesure pour diminuer le taux des infections nosocomiales et celui du staphylocoque doré résistant à la méticilline. D’après les principales enquêtes, l’observance de l’hygiène des mains serait inférieure à 50 % », constatait Philippe Douste-Blazy, en 2004, époque où il était ministre de la Santé. Dix ans plus tôt, il avait déjà lancé le premier plan de lutte contre les maladies nosocomiales : règlements d’hygiène stricts, réseaux de surveillance, formation des personnels hospitaliers. Sans résultat. L’hôpital a continué à tuer chaque année dans les mêmes proportions.

Quand la France ouvrira-t-elle les yeux sur l’état de ses hôpitaux ? « Longtemps reconnu pour l’excellence des soins qui y étaient prodigués, l’hôpital est aujourd’hui le grand malade du système de santé français, écrit Gérard Bardy. En toute objectivité, la mort du dispositif hospitalier public est désormais annoncée. Aveugle et muette face à ce naufrage silencieux, la France doit-elle faire son deuil d’un modèle d’hôpital exceptionnel, dont elle pouvait légitimement être fière ? » Necker, grand hôpital parisien connu pour soigner les enfants malades, n’échappe pas à ces maux. Vétusté, pro­blèmes d’organisation, manque de per sonnel, règles d’hygiène bafouées, il illustre le nau frage de l’hôpital. Notre reportage page suivante.

Le Livre noir de la santé, de Gérard Bardy, L’Archipel, 354 pages, 19,95 euros


Posté le 28/10/2007 par le réseau Jord


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