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INTERNATIONAL
Le Temps (Suisse) - 16 juillet 2008.




Les autorités françaises restent désemparées face aux bandes de jeunes violents





Hommage à un Pakistanais tué au pied de son immeuble par des jeunes qui lui avaient volé son portable. Très peu de recherches ont été effectuées sur les motivations des adolescents violents. (photo: AFP)

FRANCE. La culture de brutalité issue des banlieues continue de traumatiser le pays. Enquête sur un phénomène déroutant.

Sylvain Besson, Paris
Mercredi 16 juillet 2008


Deux jeunes inculpés pour «tentative de meurtre», vendredi dernier, après avoir plongé dans le coma un adolescent juif. Des lycéens rançonnés, le 20 juin, alors qu'ils fêtaient leur baccalauréat près de la tour Eiffel... Ces récents incidents montrent que la France n'en a pas fini avec la brutalité issue des banlieues. Et encore, il ne s'agit que de la partie émergée de l'iceberg. En région parisienne, les affrontements entre bandes, les jeunes battus comme plâtre sur un quai de gare ne sont pas rares et font au mieux l'objet de quelques lignes dans les journaux.



Face à ces bouffées de violence, la société et l'Etat semblent désemparés. Dans les milieux favorisés, on s'échange des histoires d'enfants rackettés et de nuits de terreur dans le RER, ce train de banlieue vieillissant qui relie le centre de Paris à sa périphérie. Le Figaro magazine, proche de la droite au pouvoir, dénonce des «hordes de sauvages» issues de «trente-cinq années d'immigration arabo-africaine incontrôlée».

Le 29 juin, la ministre de la Justice, Rachida Dati, a demandé la mise en place d'un «fichier des bandes» - une proposition peu crédible pour ceux qui connaissent la nature fluide et informelle de ces groupes. Le Ministère de l'intérieur vient de mettre en service un autre fichier, baptisé Edvige, qui vise les adolescents à partir de 13 ans. Il s'agit de faire face à l'«explosion de la délinquance des mineurs», a déclaré le porte-parole du ministère.

Pourtant, le profil général des auteurs de violences est déjà bien connu. Ils ont tendance à venir des banlieues les plus pauvres et de familles nombreuses, souvent originaires d'Afrique subsaharienne. Mais ni la justice, ni la police, ni l'administration pénitentiaire n'ont conduit de recherches systématiques sur leurs motivations. Et «les universitaires ne se précipitent pas», note le criminologue Sebastian Roché, car le terrain d'études est dangereux.

Au printemps 2006, le sociologue Jacques de Maillard a été attaqué par deux individus qui lui ont volé son sac alors qu'il rendait visite à une association dans la Cité des 3000 à Aulnay-sous-Bois, près de Paris. «Nos regards se sont croisés, explique-t-il à propos d'un de ses agresseurs. Il y avait dans ses yeux un mélange de vide et de détermination. J'ai senti qu'il frapperait de plus en plus fort jusqu'à ce que je lâche prise. C'était une expérience assez traumatisante.»

Le journaliste Luc Bronner, du Monde, a connu une mésaventure similaire lors d'un reportage à Villiers-le-Bel, ville de banlieue parisienne ravagée par une émeute après la mort de deux adolescents en novembre dernier. «A posteriori, j'ai pris conscience du fait que j'aurais pu me faire lyncher, raconte-t-il. Le niveau de violence était incroyable. C'étaient des jeunes de 13-15 ans, ils étaient dans une forme de rage immédiate.»

Mais cette brutalité qui terrorise les victimes semble être presque normale pour les adolescents des banlieues difficiles. Les coups, les bagarres font partie de leur vie quotidienne. «Si tu ne te bats pas, tu ne sors plus de chez toi, explique Jonathan, un ancien habitant de la Cité des 3000 à Aulnay-sous-Bois. Parce que les mecs, ils sont en bas de l'immeuble, tout le temps.» Celui qui refuse le combat est une «tarlouze» (homosexuel), une «baltringue» (bouffon, minable) ou, s'il porte plainte, une «balance» qui peut s'attendre à un harcèlement sans merci de la part des autres jeunes.

Dans cet univers, tout devient prétexte à affrontement: un «mauvais regard», une dispute à propos d'une fille - «alors là, ça part en live direct» - ou l'envie de s'approprier un bien prestigieux. «Quand tu as 15 ans, toi aussi tu aimerais avoir une casquette Lacoste ou des Nike, témoigne Jonathan. Et s'il faut faire des conneries pour les avoir, tu les feras.»

La bande, le groupe font alors figure de recours indispensable contre les agressions, les manquements à l'honneur, les insultes. Myk, jeune homme aux oreilles décorées de faux diamants rencontré gare du Nord, à Paris, raconte qu'après plusieurs bagarres, son cousin a triomphé d'un rival qui voulait «draguer sa meuf», parce qu'il «connaissait plus de monde». Pouvoir rallier à sa cause des «relations», des «gens qui ont du vécu» - par exemple, qui sont allés en prison pour avoir «planté quelqu'un» - est un atout décisif dans ce genre de conflit.

A part les criminels éprouvés, la plupart des jeunes finissent par s'extraire de cette culture basée sur la force et les rapports de domination. Certains deviennent même de paisibles pères de famille, propriétaires d'un pavillon, qui s'irritent des débordements des plus jeunes. Car après eux, tout recommence: par imitation, par admiration aussi, le geste des caïds des cités se transmet, suscite de nouvelles vocations. Et malgré les diatribes du président Nicolas Sarkozy contre les «voyous», le cycle ne semble pas près de s'arrêter.

U Près de 300 véhicules ont été incendiés et 98 personnes ont été interpellées dans la nuit du 14 au 15 juillet, a indiqué le Ministère de l'intérieur. La nuit précédente, 297 véhicules l'ont été. Ces incendies «constituent un pic» lié au 14 juillet. (AFP)







«La force des coups permet d'obtenir une reconnaissance»
Spécialiste de la banlieue, Marwan Mohammed* analyse le phénomène des «bandes de jeunes».
Sylvain Besson
Le Temps: On parle parfois de dimension «ludique» dans la violence exercée par certains jeunes de banlieue. Comment comprendre? Ce n'est jamais agréable de se prendre un poing dans la figure...

Marwan Mohammed: Ce n'est pas un jeu. Les comportements violents sont pluriels, ils ont notamment une dimension symbolique. Ils sont souvent liés à des «embrouilles de cité», c'est-à-dire des guerres de clochers qui perpétuent l'histoire d'un quartier. Pour ceux qui se battent le mieux, c'est une vraie source de réputation, de prestige, de pouvoir. Des centaines de personnes sont au courant, à travers l'école, le club de football, Internet, les portables, etc. La force des bras, des coups, est un capital social de compensation, qui permet d'obtenir des biens matériels, de la reconnaissance. D'autant que ceux qui participent à ces bandes sont souvent en décrochage scolaire et ont des perspectives d'avenir très limitées.

- Que désigne au juste le terme de «bandes de jeunes»?

- La bande repose sur quatre grands principes: le groupe, l'informalité - elle n'a de supports institutionnels - le caractère juvénile et le rapport déviant à la norme. La délinquance n'est pas une fin en soi - il ne s'agit pas de criminalité organisée - mais un label, qui fait la cohésion du groupe, qui permet à chacun de se valoriser, de se hiérarchiser.

- Est-ce que ces bandes sont plus violentes qu'avant, que les «blousons noirs» des années 1960, par exemple?

- Nous n'avons pas de moyens précis de comparaison. La force physique est un capital de compensation très ancien dans les milieux populaires. Avant, cette virilité était plutôt légitime. Elle prenait son sens dans la culture de l'atelier, de l'usine. Mais aujourd'hui, elle est combattue par les autorités. La société a changé: l'usage de la force physique non étatique a été complètement délégitimé, la tolérance de la société envers les bagarres de quartier a baissé, la société s'est judiciarisée. D'autre part, dans les années 1950-1960, la France connaissait le plein-emploi. Les «blousons noirs» avaient 15 à 20 ans; ensuite, ils rentraient dans l'ordre. La plupart travaillaient, ils pouvaient revenir à l'usine s'ils avaient besoin d'argent. Le service militaire obligatoire faisait une coupure, après quoi ils entraient à l'usine, se mettaient en couple, allaient vivre en HLM. Aujourd'hui, les bandes ont entre 13 et 25 ans: l'amplitude [d'âge] a plus que doublé. En plus, il y a eu l'arrivée des drogues dans les quartiers populaires. Les blousons noirs n'avaient pas de shit, pas de came à vendre. Ils n'étaient pas non plus décrits selon leur couleur de peau.

* Les bandes de jeunes, des blousons noirs à nos jours,sous la direction de Laurent Mucchielli et Marwan Mohammed, Paris, Ed. La découverte, 2007



Posté le 16/07/2008 par le réseau Jord


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