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Imposture médiatique :: Manipulation en Géorgie

Le blog d'Eric Hoesli

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Ossétie-Géorgie: la grande manipulation

24.08.2008
Ossétie-Géorgie: la grande manipulation




Plusieurs messages mi-perplexes mi-effrayés ont déboulé sur mon mail ces derniers jours. Les auteurs en sont des amis caucasiens, ossètes ou géorgiens, des lecteurs russes de Nasha Gazeta et des Occidentaux vivant en Russie. Tous posent la même question: mais que se passe-t-il donc dans le Caucase? Pourquoi le contenu de la presse occidentale est-il si contradictoire et souvent si différent de ce qu’ils apprennent ou perçoivent par d’autres canaux? Les lecteurs sont-ils victimes de propagande? Et qui croire? Le régime géorgien qui se pose en victime d’une agression et en héros de la Liberté menacée, les Russes qui parlent de génocide contre les Ossètes? Va-t-on finalement vers de nouveaux conflits avec la Russie?
E., un jeune père de famille russe établi en Suisse allemande et travaillant dans une grande ONG fait part de son désarroi: «jamais je n’aurais cru qu’ici en Occident, comme chez nous en Russie, les journalistes puissent recevoir des ordres, je vois que je me suis trompé» écrit-il en substance sur le ton d’une profonde désillusion. Un analyste financier français établi à Moscou s’effare de «la plus impressionnante opération de désinformation orchestrée contre la Russie» qu’il ait connue depuis son arrivée dans ce pays. Et sur place, ou non loin des lieux de combats, d’autres connaissances, Caucasiens de souche, ne comprennent plus et s’indignent. Pourquoi le contenu des médias diffère-t-il pareillement des questions qui se posent sur place?

Il est vrai que le lecteur ou téléspectateur occidental a de quoi se poser des questions. Depuis le 7 août, date du début de ce conflit armé, les exagérations, les oublis opportuns et les contre-vérités se sont multipliées à un rythme étourdissant. A la guerre comme à la guerre dira-t-on, mais s’il n’est pas trop étonnant de voir les acteurs directs de cette guerre, autorités géorgiennes, ossètes et russes utiliser l’habituel arsenal de justifications guerrières, il est inquiétant de voir à quelle vitesse et avec quelle intensité certains grands médias occidentaux se sont mués en ce qu’il faut bien appeler de purs instruments de propagande. L’Occident est-il donc en guerre? C’est ce que l’on pourrait croire en suivant par exemple la chronique de ce conflit sur CNN. Et des institutions aussi respectées par la profession que le Washington Post ont également cédé à de très curieux travers, bouleversant brusquement leur ligne éditoriale pour s’aligner sur le message du Pentagone. Le discours n’est pas très différent dans les grands médias francophones (la RSR et plusieurs titres suisses faisant heureusement exception), où le ton de certains éditorialistes nous renvoie au «bon vieux temps» de la guerre froide ou aux événements de Budapest en 1956 et Prague en 1968. Cette guerre serait une agression de la Russie contre la Géorgie, et l’Occident est appelé à se mobiliser pour défendre avec le régime de Mikhail Saakashvili l’incarnation de la Démocratie et de la Liberté.

Il serait évidemment naïf et ridicule de nier l’importance de l’enjeu géopolitique pour la Russie dans cette partie du monde. Le Caucase est le champ de bataille depuis quinze ans du «Grand Jeu» énergétique qui met aux prises Russes, Occidentaux et Chinois. Et bien davantage encore, le Kremlin a toujours clairement exprimé son refus de voir s’installer à sa frontière des bases militaires de l’OTAN, une Alliance qu’il considère comme lui étant hostile. Or l’accession à l’OTAN est l’une des priorités affichées du régime géorgien actuel.

Peut-on pour autant réduire cette guerre à une nouvelle poussée impérialiste de l’ogre russe, à une menace contre un petit pays démocratique et impuissant?

C’est oublier très vite tout d’abord les responsabilités dans le déclenchement de cette guerre. Qui a lancé l’offensive sur son adversaire le 7 août dernier? Pour conforter la thèse d’une Géorgie victime d’une agression, certains chroniqueurs n’hésitent plus à oublier ou à réviser les prémisses de cette guerre, évoquant désormais «la confusion» des premiers jours, des «responsabilités incertaines» dans les escarmouches. Dans un appel solennel au sursaut de l’Occident les «philosophes» Bernard-Henri Lévy et André Glucksmann ont même cette formule confondante: «Qui a tiré le premier? La question est désormais obsolète» (Libération du 14 août, Le Temps du 15 août).

Il suffit pourtant de relire les dépêches d’agence de presse pour en avoir le cœur net. Le 7 août à 1 h 47 (AFP), à la veille même de premiers pourparlers directs entre Ossètes et Géorgiens attendus depuis de longs mois, l’Ossétie du Sud annonce être la cible de tirs à l’arme lourde sur sa capitale Tskhinvali. A 15 h 20 (AFP), le ministère géorgien de l’Intérieur confirme que des «batailles de grande envergure» ont lieu sur le territoire d’Ossétie du Sud entre des blindés géorgiens et des combattants ossètes. A 19 h 30 (ATS), le commandant de la force russe d’interposition déclare avoir obtenu des deux parties un accord de cessez-le-feu provisoire. A 20 h 53 (AFP), les autorités géorgiennes démentent la conclusion d’un accord de cessez-le-feu. Et trois heures plus tard à 0 h 09 (AFP), la Géorgie confirme avoir lancé un «assaut» pour «restaurer l’ordre constitutionnel» dans la province séparatiste.

Dès lors la bataille pour le contrôle des médias fait rage. A ce jeu, il faut bien l’admettre, le jeune président géorgien s’est montré largement supérieur aux Ossètes ou aux dirigeants russes. Qui a vu des images de la capitale ossète ravagée par les bombardements et les combats? Qui a entendu parler d’Edouard Kokoïty, le président ossète? L’a-t-on vu défendre la cause de sa communauté? Et combien d’entretiens les dirigeants russes ont-ils accordé aux médias étrangers pour faire part de leur point de vue durant les jours cruciaux? Edouard Kokoïty n’est pas venu à Genève pour défendre sa cause, et Dimitri Medvedev ou Vladimir Poutine se sont contentés de répondre à l’indignation provoquée au sein de leur propre opinion publique par les événements.

D’entrée, en revanche, le président géorgien Saakashvili s’est imposé sur les écrans, multipliant les apparitions, les déclarations tonitruantes, les conférences de presse et les interviews aux médias étrangers. Jouant des réflexes habituels de l’opinion occidentale, parfaitement instruit des usages et des techniques médiatiques, s’exprimant directement en anglais ou en français, le président géorgien est parvenu à envahir l’espace médiatique en prenant la posture du dernier défenseur de la démocratie et de la liberté

Cette prétention fera pourtant sourire quiconque connaît la Géorgie, son histoire et son régime actuel. Non pas que le gouvernement Saakashvili soit sans qualités ou sans mérites. Il a, à ses débuts notamment, contribué à réduire la corruption et favorisé l’essor économique du pays. Il a aussi permis à la Géorgie de réaffirmer son identité européenne, sa volonté de ne pas se laisser enfermer entre les montagnes du Caucase. Mais faut-il donc rappeler qu’aucun des présidents de la Géorgie indépendante n’est encore parvenu au pouvoir dans des conditions dignes d’une démocratie, que Mikhail Saakashvili s’est lui-même fait réélire dans un climat de répression, que les résultats de cette élection n’ont toujours pas été reconnus par l’ensemble des partis d’opposition, que les médias électroniques ont été muselés l’un après l’autre et sans douceur, que les ministres du gouvernement Saakashvili ont longtemps reçu leur salaire directement d’organisations américaines, que les personnalités politiques indépendantes ou opposées au président ont tendance à mourir d’étrange manière en Géorgie, que l’arbitraire y reste une réalité et l’indépendance judiciaire une fiction, que les minorités ethniques autres qu’ossètes et abkhazes (arméniennes ou azéries par exemple) se plaignent d’y’être discriminées et qu’il suffit enfin d’ouvrir les pages des rapports annuels sur l’état des droits de l’homme pour y déceler une inquiétante tendance à l’autoritarisme. Les qualités démocratiques du «bastion de la Liberté» dans le Caucase ne diffèrent hélas pas fondamentalement de celles de ses voisins.

L’enjeu caucasien n’est certainement pas l’un des mieux connus de la presse occidentale. La simple méconnaissance des faits rend parfois difficile la compréhension des événements et facilite sans doute les manipulations. Mais certains oublis sont particulièrement frappants. Comment expliquer par exemple que le sort des Ossètes soit quasiment passé sous silence par les médias et les diplomates occidentaux depuis le début du conflit? Qui sont-ils? Pourquoi n’ont-ils jamais voulu d’une intégration dans la Géorgie indépendante et souveraine? Pourquoi et comment sont-ils devenus les obligés de la Russie voisine? Ces questions sont pourtant bien au cœur du conflit actuel.

Les Ossètes ne sont ni Géorgiens, ni Russes, comme on a pu parfois le lire. Descendants des Alains et des Scythes, leur riche histoire est l’une des plus tumultueuses parmi les peuples du Caucase. Leur langue, leur culture, les différentes traditions régionales sont très vivantes et soigneusement respectées. Les membres de cette minorité qui a donné naissance à de nombreux érudits ou talents, tel Valeri Gergiev le grand chef d’orchestre, ne sont ni les membres d’une étrange et sauvage tribu de montagne, ni de stupides mercenaires à la solde des Russes auxquels les opposent d’ailleurs quelques sérieux contentieux. Faut-il rappeler qu’ils ont encore sur le cœur le sacrifice de centaines de leurs enfants tués lors de l’assaut de Beslan?

Depuis la chute de l’empire soviétique, jamais les Ossètes du Sud n’ont accepté de devenir une province géorgienne. Leur hostilité s’est renforcée après que la Géorgie, dès son indépendance, a tenté de supprimer l’autonomie administrative, linguistique et culturelle de cette région, puis d’imposer cette «solution» par la force. De 1991 jusqu’à aujourd’hui, les tentatives militaires se sont succédé, le président Saakashvili ayant lui-même inauguré son mandat par une offensive à l’été 2004.

A considérer le déroulement des faits, et en particulier la tactique militaire choisie par l’état-major géorgien lors de son offensive, on peut craindre que l’objectif poursuivi ait été de résoudre l’éternel «problème ossète» en cherchant simplement à chasser cette communauté minoritaire dans la montagne et jusque chez leurs cousins vivant en territoire russe sur le flanc septentrional du Grand Caucase. Ce ne serait pas la première fois dans le Caucase que cette sinistre méthode aurait été employée, les Géorgiens en ayant eux-mêmes été victimes lors de la guerre d’Abkhazie en 1993: on cherche par des bombardements et des exactions visant directement les civils à provoquer la panique et un exode massif des communautés concernées. L’objectif est d’empêcher les minorités de revenir ensuite sur leurs terres et de provoquer le chaos chez l’adversaire en le «noyant» sous le flot de civils en fuite.

Même si telle n’était pas l’intention du régime de Tbilissi, il va désormais être difficile de convaincre la minorité ossète du contraire. Comment compte-t-on maintenant apaiser les haines et esquisser des solutions pacifiques? Le problème identitaire de cette communauté vivant sur les deux flancs du Grand Caucase n’est pas moins vif que le sort des Kosovars, des Tchétchènes ou des Tibétains. Mais curieusement, le combat pour le droit des minorités une cause d’habitude si chère aux intellectuels parisiens, ne semble pas d’actualité. On ne s’intéresse pas aux victimes civiles des bombardements qu’elle a subis, tout aussi nombreuses pourtant que celles constatées en Géorgie, on ne s’appesantit pas sur le regain effroyable de haine et sur l’engrenage de vengeance et de cruauté que cette offensive armée a suscité entre villageois ossètes et géorgiens, on n’évoque nulle part l’hypothèque redoutable qui pèse désormais sur tout espoir de conciliation. L’Ossétie n’existe pas, ou si elle existe, ce n’est que réduite au rôle de marionnette géopolitique manipulée par Moscou.

Cela n’est pas pour dire ici que les Ossètes se réduisent au statut de victimes sacrificielles, valeureusement secourues par une Russie désintéressée. Les dirigeants de l’Ossétie du Sud se confondent souvent avec des mafias locales, ils ont construit une économie parallèle vivant en grande partie de la contrebande avec la Géorgie, et faute de pouvoir établir un Etat réellement indépendant ils se sont mis progressivement sous la coupe de la Russie, échangeant par exemple leurs anciens passeports soviétiques pour des passeports russes plutôt que géorgiens. Tout cela est vrai. Mais les Ossètes n’en sont pas moins là qui méritent aussi d’être considérés et écoutés. Qui veut nier l’existence de minorités dans le Caucase ferait bien d’éviter la région.


Posté le 24/08/2008 par le réseau Jord


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