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Imposture historique :: Katyn

Katyn : requiem pour un massacre

Thursday 16 April 2009 | Politique and Histoire and Culture and In Memoriam | Email | Print
Katyn, le dernier film d’Andrzej Wajda que la critique libre considère déjà comme l’œuvre majeure du cinéaste polonais Andrzej Wajda, est actuellement visible dans une dizaine de salles en tout et pour tout. Une censure scandaleuse qui démontre qu’en matière culturelle et idéologique, le Mur de Berlin est encore bien debout. L’hebdomadaire Rivarol de cette semaine a publié un excellent article de Patrick LAURENT sur ce film qui retrace le massacre de milliers d’officiers polonais exécutés d’une balle dans la nuque en avril 1940. Un massacre attribué – comme d’autres - par le Tribunal de Nuremberg à l’Allemagne, laquelle en porta pendant des décennies la responsabilité jusqu’à ce qu’en 1990 le Numéro 1 soviétique Mikhaïl Gorbatchev reconnaisse officiellement que ces prisonniers de guerre avaient été fusillés par les services spéciaux du NKVD (l’ancêtre du KGB), au grand dam d’une bonne partie de la gauche ouest-européenne. A lire également sur le même sujet la réplique d’Adam Michnik, ancien cofondateur de Solidarnosc, rédacteur en chef du quotidien Gazeta Wyborcza, à l’assassinat du film par le critique du Monde, le 1er avril. Et à (re)découvrir sur l’objectivité du « quotidien de référence » : Le Monde tel qu’il est de Michel Legris.

Katyn : requiem pour un massacre



Dans le domaine du 7e art aussi, il persiste une inégalité flagrante de traitement quand il s’agit d’évoquer les atrocités perpétrées par les deux grands régimes totalitaires du XXe siècle. D’un côté Devoir de Mémoire obligatoire et assourdissant avec flopée de films à l’appui, de l’autre silence gêné et rareté extrême des dénonciations du bolchevisme, « l’hypermnésie du nazisme détournant l’attention de l’amnésie du communisme » selon la belle formule d’Alain Besançon dans son ouvrage Le Malheur du siècle (Fayard). Il y a encore du chemin à faire pour parvenir à la véritable révolution culturelle que constituerait le fait de placer au même niveau d’exécration l’hitlérisme et le stalinisme. Mais il semble que l’on y parvienne tout doucement grâce aux travaux d’historiens non conformistes (entre autres Le Livre Noir du Communisme, sous la direction de Stéphane Courtois) et à des cinéastes intrépides de la trempe du Polonais Andrzej Wajda, 83 ans, dont le 35e long métrage, Katyn, est enfin distribué sur nos écrans après avoir été programmé voici quelques mois en catimini sur une chaîne cinéma de Canal+. Une sortie tardive (et sans doute éphémère) dans un circuit de salles scandaleusement restreint, une quinzaine seulement pour toute la France, qui démontre une fois de plus que s’attaquer directement aux horreurs du communisme reste aujourd’hui encore sujet sensible dans notre beau pays sous influence de la loi du communiste Gayssot pénalisant toute ébauche de discussion des seuls crimes nazis.


La plupart des grands films de Wajda (Ils aimaient la vie, Cendres et Diamants, La dernière charge, L’homme de marbre, L’Homme de fer, pour ne citer que ces cinq-là) ont mis en perspective avec courage et lucidité l’histoire de la Pologne depuis le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale jusqu’à la création de Solidarnosc. Il était donc l’homme de la situation pour aborder enfin l’une des pages les plus terribles de l’histoire de son pays, la tragédie de Katyn, ce petit village perdu dans les bois près de Smolensk en Ukraine où son père Jakub fut l’un des milliers d’officiers polonais assassinés sauvagement par les bolcheviks en avril 1940 sur ordre du Politburo qui voulait ainsi éliminer les nationalistes et autres contre-révolutionnaires susceptible de résister à la Pax sovietica après le dépeçage de la Pologne mis en œuvre par le “pacte d’amitié et d’assistance” germano-soviétique.

La première de Katyn à Varsovie a eu lieu le 17 septembre 2007, une date ô combien symbolique choisie par Wajda puisque c’est ce même jour, en 1939, que l’Armée Rouge pénétra dans l’est de la Pologne, envahie à l’ouest depuis le 1er septembre par la Wehrmacht. Une situation désespérée synthétisée d’admirable façon dès la superbe ouverture du film où, sur un pont enjambant la Vistule, se heurtent, dans un pandémonium indescriptible, les colonnes de réfugiés fuyant qui les Allemands, qui les Rouges. Au milieu du chaos, Anna et sa petite fille à la recherche de leur époux et père Andrzej, capitaine d’un régiment de Uhlans qui va être fait prisonnier par les Soviétiques avec ses hommes qu’il n’a pas voulu abandonner pour rejoindre Anna.

Wajda ne concentre pas son récit uniquement sur ces deux protagonistes principaux, inspirés de ses propres parents, il l’entrelace avec les destinées d’autres Polonais aux prises avec les forces du mal et leurs moyens personnels d’y résister ou de s’y soumettre pendant la guerre et après dans la servitude implacable du régime communiste à la solde de Moscou. Parmi les caractères les plus intéressants et représentatifs, il y a notamment le père d’Andrzej, vénérable professeur raflé avec ses collègues par les nazis à l’université de Cracovie et qui disparaîtra sans laisser de traces, un général prisonnier lui aussi des Russes et sa femme au caractère indomptable, Jerzy, l’aide de camp du capitaine survivant du massacre qui collaborera avec les criminels en endossant l’uniforme du sinistre NKVD, Agnieszka, une jeune fille qui défie les autorités en voulant inscrire sur la pierre tombale de son frère « Mort à Katyn en 1940 », ce qui est strictement interdit par la propagande mensongère officielle soviétique qui, soutenue par les alliés anglais et américains lors du procès de Nuremberg, a fabriqué la responsabilité des seuls nazis dans la boucherie de Katyn. Il y a aussi Irena qui va entrer au parti communiste en désespoir de cause car pour elle il n’y aura jamais de Pologne libre, Tadeusz qui refuse d’enlever de sa demande d’inscription à l’académie des Beaux-Arts la mention « père assassiné à Katyn par les Soviétiques », etc. Wajda passe de l’une à l’autre de ces intrigues comme pour mieux faire ressentir aux spectateurs l’ampleur du traumatisme et des souffrances vécues dans leur chair et dans leur âme par les familles des martyrs et l’ensemble du peuple polonais contraint de vivre avec cette ignominie mensongère alors que tous savaient ce qui s’était réellement passé, jusqu’à ce que Gorbatchev admette enfin officiellement la vérité en 1990.

Wajda évoque une première fois les massacres de la région de Katyn où périrent environ 25.000 militaires et membres de l’élite intellectuelle du pays par des bandes d’actualités de l’époque lors de la découverte des charniers du côté allemand d’abord, après l’invasion de l’URSS, puis du côté soviétique à la “libération” de la Pologne, chaque camp y allant alors de sa propagande. Il y revient en détail dans le dernier quart d’heure du film, un retour en arrière déclenché par la lecture du carnet de notes écrit durant sa captivité par le mari d’Anna. Cette séquence, quasi insoutenable mais d’une grande dignité et sans aucune complaisance dans le voyeurisme morbide, un des sommets de toute l’œuvre du grand cinéaste polonais, exprime avec une force bouleversante la barbarie et l’inhumanité de la soldatesque soviétique dans l’exécution des basses œuvres du Petit Père des Peuples. Wajda, qui a remporté avec Katyn un succès “historique” en Pologne, se défend cependant d’avoir réalisé son film contre les Russes. Il montre d’ailleurs dans le cours de l’histoire un officier soviétique bienveillant qui sauvera Anna et sa fille de la déportation au Goulag. On notera aussi qu’il ne fait aucune allusion aux Juifs et à la Shoah, ce qui risque de faire grincer les dents des enragés zélotes de la Mémoire, à l’exception de la très brève apparition d’une rescapée d’Auschwitz. Wajda ne se disperse pas : ici les victimes sont des catholiques polonais et le cinéaste ne se prive pas de mettre en évidence les symboles religieux de sa foi, la statue du Christ démembré au début et à la toute fin, le chapelet dans la main crispée du lieutenant enseveli encore vivant par les pelleteuses dans une des fosses communes.

Vous l’avez compris, Katyn est une œuvre essentielle aussi bien sur le plan de l’Histoire que sur celui du VIIe art. A ne pas manquer.

Patrick LAURENT
Article paru dans Rivarol n°2900, 10 avril 2009


Posté le 17/04/2009 par le réseau Jord


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